Martin Delvane — Charly Teller, quand quelqu’un vous demande ce que vous faites dans la vie, vous répondez quoi ?
Charly Teller — Je suis animateur ! (Rires.) Mais généralement, ça demande quelques explications supplémentaires.
Le métier d’animateur regroupe énormément de choses. Personnellement, j’ai choisi de me concentrer sur quatre grands secteurs.
Le premier concerne la présentation de plateaux vidéo, notamment des formats de web TV ou des émissions internes pour les entreprises.
Le deuxième, ce sont les conventions, les séminaires d’entreprise et les prises de parole institutionnelles. On retrouve ici le rôle d’animateur événementiel ou de maître de cérémonie.
Le troisième, c’est le speaking sportif, avec cette dimension d’ambiance et d’accompagnement de l’événement.
Enfin, le quatrième secteur concerne les animations événementielles, les team buildings et les opérations de cohésion d’équipe.
Ce sont quatre environnements assez différents, mais qui appartiennent finalement à une même grande famille.
MD — Est-ce que ces quatre métiers nécessitent le même travail de préparation ?
Charly Teller — Non, bien entendu. Le degré et la nature de la préparation diffèrent selon le type d’intervention.
Sur une convention, un séminaire ou un plateau en direct, le travail en amont est particulièrement important. Il faut comprendre le sujet, les objectifs, les intervenants et ce que l’entreprise souhaite transmettre.
Sur du speaking sportif, la préparation est différente, parfois plus récurrente. Il existe des codes qu’il faut connaître et conserver.
Sur un team building, on dispose aussi de mécaniques d’animation que l’on va adapter en fonction de l’entreprise, du nombre de participants ou encore du cadre dans lequel on intervient.
Mais dans tous les cas, l’objectif reste de proposer une animation adaptée au contexte.

MD — Vous évoquez les conventions et les séminaires. Quelle différence faites-vous entre la préparation d’une convention et celle d’une table ronde ?
Charly Teller — Déjà, une table ronde peut parfaitement s’intégrer dans une convention. Ce ne sont pas deux formats qui s’opposent. En revanche, je ne les prépare pas tout à fait de la même manière. Pour une table ronde, je prends le temps de m’entretenir individuellement avec les intervenants. Ce sont des personnes qui peuvent être expertes dans leur métier sans forcément avoir l’habitude de participer à ce genre d’exercice.
MD — Vous évoquez les conventions et les séminaires. Quelle différence faites-vous entre la préparation d’une convention et celle d’une table ronde ?
Charly Teller — Déjà, une table ronde peut parfaitement s’intégrer dans une convention. Ce ne sont pas deux formats qui s’opposent. En revanche, je ne les prépare pas tout à fait de la même manière. Pour une table ronde, je prends le temps de m’entretenir individuellement avec les intervenants. Ce sont des personnes qui peuvent être expertes dans leur métier sans forcément avoir l’habitude de participer à ce genre d’exercice.
Je vais donc échanger avec elles, généralement par téléphone, pour comprendre leur parcours, leur domaine d’expertise et surtout identifier les sujets sur lesquels nous allons pouvoir les faire intervenir.
L’idée est de construire un échange précis, cohérent avec les objectifs du client. Je prépare les questions, mais je prépare aussi les intervenants à cet échange.
MD — Et lorsqu’il s’agit d’une convention avec plusieurs prises de parole successives ?
Charly Teller — C’est différent parce que je ne peux pas toujours m’entretenir avec chaque intervenant. Certains ont déjà préparé leur discours et savent précisément ce qu’ils vont présenter.
En revanche, je prépare systématiquement leur introduction.
Je trouve important de ne pas simplement annoncer : « Nous accueillons Monsieur Untel, président de telle structure. »
C’est beaucoup plus intéressant d’expliquer ce dont cette personne va parler, de soulever une interrogation ou de donner au public une raison de s’intéresser à son intervention.
On peut poser une question, créer une attente, apporter un élément de contexte avant de lui donner la parole.
C’est une façon de redonner du dynamisme et de créer du lien entre les différentes séquences de l’événement.
« Présenter et animer, ce n’est pas exactement la même chose »
MD — Vous faites justement une distinction entre le métier de présentateur et celui d’animateur. Pourquoi ?
Charly Teller — Parce que pour moi, ce sont deux postures différentes.
La présentation est quelque chose de plus descendant. On délivre une information à un auditoire.
Je prends souvent l’exemple des exposés que l’on faisait au collège ou au lycée. On préparait un sujet, puis on venait le présenter devant une classe. On transmettait des informations, mais on n’était pas nécessairement dans l’échange.
L’animation, c’est autre chose.

L’animateur va davantage chercher à faire vivre un moment, à créer des interactions, à donner la parole aux uns et aux autres.
Bien entendu, les deux métiers peuvent se rejoindre. Sur certains événements, je vais être amené à présenter des séquences et à en animer d’autres.
Mais ce qui m’intéresse particulièrement dans l’animation, c’est cette capacité à faire vivre un événement plutôt qu’à simplement en dérouler le programme.
MD — Vous intervenez sur des sujets extrêmement variés. Comment peut-on être crédible sans être spécialiste de tous les domaines abordés ?
Charly Teller — Il faut déjà accepter une chose : nous ne sommes pas experts de tous les sujets !
Et heureusement, parce que sinon, nous n’aurions même plus besoin d’invités sur nos plateaux ou dans nos conférences. (Rires.)
Notre métier, ce n’est pas de remplacer les experts. C’est de nous intéresser à leur domaine, de nous documenter et de comprendre suffisamment le sujet pour pouvoir l’incarner correctement.
Cela demande de la curiosité, de la recherche et une véritable immersion.
Je pense qu’il est important de savoir de quoi l’on parle. On ne peut pas rester trop généraliste et se contenter d’enchaîner des questions sans comprendre les réponses.
En revanche, il existe des domaines très pointus dans lesquels je ne me sens pas nécessairement légitime. Et je sais que certains confrères ou consœurs sont beaucoup plus spécialisés que moi sur ces sujets.
Il y a également des thématiques que je ne souhaite pas forcément incarner parce qu’elles ne correspondent pas à mes valeurs.
C’est important de savoir où l’on souhaite aller, mais aussi de connaître ses limites.
MD — Comment identifiez-vous justement qu’un projet correspond à votre profil ?
Charly Teller — Très tôt, dès le premier échange avec le client.
Quand je reçois une demande, j’essaie de rappeler rapidement mon interlocuteur pour comprendre son projet.
Je veux savoir ce qu’il organise, pourquoi il le fait et ce qu’il attend précisément de l’animateur.
Assez rapidement, je suis capable d’identifier si je peux apporter quelque chose à cet événement.
Et si ce n’est pas le cas, je peux orienter le client vers quelqu’un d’autre. J’ai la chance de faire partie d’un réseau de speakers, de maîtres de cérémonie et d’animateurs professionnels.
L’objectif n’est pas de laisser le client sans solution, mais de l’aider à trouver la bonne personne.
MD — Vous accordez donc beaucoup d’importance à cette première discussion ?
Charly Teller — Énormément. Il y a aussi une question de feeling.
Il faut pouvoir créer rapidement une relation de confiance avec le client. On doit sentir que l’on est sur la même longueur d’onde et que l’on comprend les attentes de chacun.
Avec l’expérience, certains clients me font confiance pour construire les questions d’une table ronde ou participer à l’élaboration du déroulé d’un plateau.
On définit ensemble les objectifs, puis je travaille sur la manière d’aller chercher la bonne information au bon moment.
J’ai une nature très curieuse. C’est quelque chose qui m’aide énormément dans ce métier.
Quand un client commence à me raconter son projet, je m’intéresse immédiatement à ce qu’il fait. Et parfois, au bout de quelques minutes, je suis déjà en train de réfléchir à la façon dont nous pourrions raconter son histoire.
C’est aussi ce qui rend ce métier passionnant.
« Le bon animateur n’est pas celui qui se met en avant »
MD — Cette curiosité pourrait vous pousser à prendre beaucoup de place dans les échanges. Comment trouvez-vous le bon équilibre ?
Charly Teller — Le propre d’un bon animateur, ce n’est pas de se mettre en avant.
Son rôle, c’est de mettre en lumière l’événement pour lequel il travaille et les personnes qui vont y prendre la parole.
Mon objectif n’est jamais d’être le personnage principal d’une convention ou d’une conférence.
Les personnes importantes, ce sont celles qui ont quelque chose à raconter, un message à délivrer ou une expérience à partager.
Mon travail consiste à les accompagner, à poser les bonnes questions et à leur permettre de s’exprimer dans les meilleures conditions.
Finalement, quand on part de ce principe, il n’est pas très compliqué de trouver sa place.

MD — Cela implique aussi de savoir sortir des questions préparées ?
Charly Teller — Absolument. Et c’est là que l’écoute devient essentielle.
Sur une table ronde ou un plateau, on peut avoir préparé toutes ses questions. Mais une réponse peut faire apparaître un sujet auquel on n’avait pas pensé.
Il faut alors être capable de rebondir.
Parfois, une question qui n’était absolument pas prévue devient particulièrement intéressante parce qu’elle correspond précisément à ce que le public pouvait se demander.
L’animateur doit aussi savoir se mettre à la place des personnes qui écoutent.
Qu’est-ce qu’elles aimeraient comprendre ? Quelle question se posent-elles probablement à cet instant ?
C’est un travail d’écoute et de curiosité. Et je pense que l’expérience permet justement de développer cette capacité à poser les bonnes questions au bon moment.
« Aucun jour ne ressemble à un autre »
MD — Après toutes ces expériences, qu’est-ce qui vous donne encore envie de continuer dans ce métier ?
Charly Teller — Beaucoup de choses !
Déjà, l’absence de routine. Aucun jour ne ressemble à un autre, et c’est quelque chose que j’adore.
J’aime me lever le matin en me disant que je vais vivre une journée différente de la veille.
Ensuite, il y a la découverte. Je découvre constamment de nouveaux métiers, de nouvelles histoires et de nouvelles personnes.
Et puis, surtout, j’aime les gens.

Ensuite, il y a la découverte. Je découvre constamment de nouveaux métiers, de nouvelles histoires et de nouvelles personnes.
Et puis, surtout, j’aime les gens.
Je suis amoureux de l’humain. J’adore discuter, rencontrer de nouvelles personnes, partager des moments avec elles.
Il y a quelque chose de formidable dans le fait d’arriver dans un endroit où personne ne vous connaît forcément, où vous ne connaissez pas non plus les participants, et de vous dire qu’ensemble, pendant une heure, trois heures ou parfois beaucoup plus, vous allez vivre quelque chose.
Ce qui me plaît, c’est cette proximité.
MD — Vous parlez beaucoup de l’humain. Pourtant, vous vous intéressez également aux nouvelles technologies, notamment à l’intelligence artificielle. Ce n’est pas contradictoire ?
Charly Teller — Pas du tout !
Je suis passionné par l’intelligence artificielle. Je trouve que c’est un outil formidable, qui permet d'explorer de nouvelles idées, d'apprendre et de découvrir d'autres façons de travailler.
Dans l’animation aussi, il y a des choses intéressantes à imaginer avec ces technologies.
Mais cela n’enlève absolument rien à l’importance de la relation humaine.
Au contraire, je trouve que les deux sont compatibles.
Quand je suis sur un événement, ce qui compte, c’est ce qui se passe avec les gens. Ce sont les regards, les échanges, les histoires que l’on découvre.
Parfois, une personne raconte une anecdote professionnelle ou personnelle que même ses plus proches collaborateurs ne connaissaient pas.
Et tout à coup, on découvre quelqu’un sous un autre angle. On lui donne l’occasion de partager son histoire et de se sentir valorisé.
Franchement, vivre ces moments-là, c’est exceptionnel.
C’est dans ces instants que je me dis que j’ai vraiment raison de faire ce métier.
Et je n’ai aucune envie d’arrêter !
Quatre univers, une même passion pour l'animation événementielle
De la présentation d’une émission d’entreprise à l’animation d’un séminaire, du speaking sportif à la cohésion d’équipe, Charly Teller revendique une polyvalence qui repose d’abord sur la compréhension des différents environnements dans lesquels il intervient.
Une polyvalence qui ne signifie pas tout savoir faire, ni accepter systématiquement toutes les sollicitations.
À travers cet entretien, une idée revient : l’animateur professionnel ne doit pas chercher à occuper toute la place, mais à créer les conditions pour que les autres puissent s’exprimer.
La préparation, l’écoute, la curiosité et la relation de confiance apparaissent comme les fondations de son approche.
Et derrière les exigences techniques de la présentation d’événement ou de l’animation d’événement, il reste quelque chose de plus simple : le plaisir de rencontrer des personnes, de découvrir leurs histoires et de contribuer à les mettre en lumière.
Martin Delvane
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